L’Ancien Testament

Références bibliques à Marie, Mère de Jésus Christ 

L’Ancien Testament

Éléments pour une réflexion sur la relation de l’Ancien Testament à Marie
Figures mariales de l’Ancien Testament


Éléments pour une réflexion sur la relation de l’Ancien Testament à Marie

1. En étudiant l’Ancien Testament, les mariologues commencent par interpréter les textes dans leur contexte historique. Il importe de connaître les dates, les lieux et les auteurs des écrits. Une étude du milieu social et anthropologique aide à la compréhension des textes.

2. Il est aussi important de parvenir à saisir la perspective théologique de chaque livre. Cela aide à envisager la personne de Marie en tant que fille d’Israël. Les livres de l’Ancien Testament constituent les Écritures qui lui étaient familières.

3. Il importe de connaître la place et le rôle des femmes dans l’Ancien Testament pour comprendre la situation de Marie en tant que juive du premier siècle de notre ère.

4. Certains thèmes, motifs ou figures de l’Ancien Testament recevront une interprétation et une dimension mariales. Ainsi en est-il, par exemple, de la Fille de Sion, de Jérusalem, de l’Arche d’Alliance, d’Ève ou des matriarches d’Israël.

5. Certains textes du Nouveau Testament reprennent ou citent des textes de l’Ancien Testament. Une réflexion théologique sur les passages de l’Ancien Testament appliqués à Marie par les Évangiles s’impose. Le Magnificat, entre autres, comprend beaucoup de références aux Psaumes, aux Prophètes et au Pentateuque.

6. Des textes de l’Ancien Testament sont considérés comme fondamentaux dans de nombreuses études mariales. C’est le cas, par exemple, de Genèse 3,15 (la victoire de la Femme sur le Serpent), de Isaïe 7,14 (la « vierge » qui concevra), des versets du Cantique des Cantiques, ainsi que des louanges de la Sagesse dans les livres des Proverbes et de la Sagesse.

7. La littérature chrétienne des débuts, aussi bien apostolique que post-apostolique, et la littérature patristique jusqu’à et y compris Jean Damascène sont des témoins de valeur de la première pensée chrétienne sur Marie. Souvent, les auteurs concernés, théologiens et pasteurs, développent des idées et intuitions mariales basées sur l’Ancien Testament, comme celle de la « Nouvelle Ève », thème essential du premier mariologue, Irénée.

8. Les premiers conciles font référence à Marie et utilisent des textes de l’Ancien Testament pour parler d’elle. Il s’agit là du début de l’enseignement du magistère qui aboutira aux dogmes marials. Il y a quatre dogmes concernant Marie : l’Immaculée Conception, la Virginité Perpétuelle, la Maternité Divine (Theotokos) et l’Assomption. Cet enseignement part des textes du Nouveau Testament et se poursuit jusqu’à l’époque moderne, en 1950. La recherche théologique nécessaire à la présentation de ces dogmes en des termes contemporains demeure la tâche du théologien marial.

9. Les écrits rabbiniques peuvent aussi aider à la compréhension des textes de l’Ancien Testament appliqués à Marie. Ils aident l’étudiant à relire les textes à la lumière de la réflexion juive et, souvent, à en retirer des aperçus pertinents. Cela revient à découvrir ce que la Tradition transmet tant pour la communauté juive que pour la communauté chrétienne.

10. Finalement, l’apport de l’esthétique, inspirée de l’Ancien Testament et exprimée à travers la poésie, l’art, l’iconographie, la narration et le commentaire, aide les chercheurs à goûter le rôle de Marie dans la pensée judéo-chrétienne.

11. Vu qu’il y a plus de quarante références à Marie dans le Coran, une autre perspective d’étude réside dans la recherche des sources et de l’arrière-fond des textes islamiques sur Marie. Certains semblent provenir de l’Ancien Testament, d’autres du Nouveau Testament ou encore des écrits apocryphes.

12. Un autre domaine d’investigation est exploré par les quelques travaux de doctorat effectués sur les textes employés dans Lumen Gentium en référence à Marie et à l’Ancien Testament. Il convient de relire le chapitre huit de Lumen Gentium lorsqu’on commence un projet ou une recherche mariale. En lien avec cela et puisqu’il s’agit des Écritures, il est utile de relire le décret de Vatican II sur la Révélation divine. Cela offre une bonne perspective sur le lien entre Écriture et Tradition au sein de l’Église.

13. Un grand trésor marial offert à l’étude est constitué des Messes en l’honneur de la Vierge Marie. Elles comportent quantité de textes de l’Ancien Testament lus en clef mariale. Les notes introductrices et les préfaces des messes fournissent d’excellentes réflexions théologiques et pastorales sur les mystères du Christ et leur relation à Marie.

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Figures mariales de l’Ancien Testament

Ce qui suit est un essai pour voir comment Ancien et Nouveau Testaments se reflètent en relation à Marie. Pour les chrétiens, il y a continuité entre les deux Testaments. L’Ancien Testament anticipe, annonce le Nouveau Testament et tend vers lui. Les deux s’articulent selon le binôme promesse et accomplissement. Lorsque les chrétiens lisent l’Ancien Testament à partir du Nouveau, ils y reconnaissent un nombre de femmes d’importance qui préfigurent Marie par certains aspects de leurs destinées, personnalités ou vocations. Elles sont appelées « figures » ou « types » parce que, d’une manière ou d’une autre, elles anticipent la mère de Jésus Christ à venir. Marie est leur « anti-figure » ou « anti-type », non par opposition, mais par contraste. Un contraste qui prend en compte le caractère unique de la mission de Marie. Elle est la mère du Messie alors que ses préfigurations de l’Ancien Testament préparent, perçoivent ou suggèrent sa venue.

Voici l’esquisse de 14 figure féminines de l’Ancien Testament, de Ève à Bethsabée. Leur portrait est suivi d’une comparaison entre chacune d’elles et Marie.

Ève : première mère de tous les vivants

Elle est appelée Hawah – en hébreu, le nom « Ève » signifie « vie » – (dans la Septante, Eva ; dans la Vulgate, Heva) parce qu’elle est la mère de tous les vivants (Gn 3,20). Au commencement, elle apparaît, dans l’Ancien Testament, marquée par la beauté, la bonté, la sagesse et la vie. Les écrits rabbiniques louent la beauté et les ornements d’Ève dans leurs commentaires de Genèse 2,20 : « Puis de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. » Par exemple, Rabbi Chama ben Chanina (260 ap. J.C.), écrivait que Dieu avait certainement d’abord vêtu Ève de vingt-quatre ornements précieux (ceux qui décrivent les filles de Sion en Isaïe 3,18-24) avant de l’amener à l’homme. C’est pourquoi, le Seigneur, à travers la bouche d’Ézéchiel, applique à elle ce qui suit (et qui était originellement adressé au roi de Tyr) :

Tu étais en Éden, au jardin de Dieu. Toutes sortes de pierres précieuses

formaient ton manteau : sardoine, topaze, diamant, chrysolithe, onyx,

jaspe, saphir, escarboucle, émeraude, d’or étaient travaillés tes disques

et tes pendeloques ; tout cela était préparé au jour de ta création (Ez 28,13).

Et :

Tu étais un modèle de perfection, plein(e) de sagesse, merveilleux(se) de

beauté (Ez 28,12 ; cf. Genesis Rabbah 18,1 et 2,22 et le Talmud babylonien,

Baba Bathra 75a).

Des écrits juifs plus tardifs opposent la désobéissance d’Ève à la fidélité et obéissance des Israélites envers Dieu au Mont Sinaï. Dans le Nouveau Testament, Ève n’est jamais mentionnée dans les Évangiles. Adam est seulement mentionné dans la généalogie de Luc (Lc 3,38). Ève est mentionnée dans deux écrits pauliniens :

J’éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés

à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ. Mais j’ai

bien peur qu’à l’exemple d’Ève, que le serpent a dupée par son astuce, vos

pensées ne se corrompent en s’écartant de la simplicité envers le Christ

(2 Co 11,2-3).

C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Ève ensuite. Et ce n’est pas

Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable

de transgression. Néanmoins elle sera sauvée en devenant mère, à condition

de persévérer avec modestie dans la foi, la charité et la sainteté (1 Tm 2,13-15).

Les deux passages soulignent les aspects négatifs du rôle d’Ève dans l’histoire du salut. Les premiers auteurs chrétiens opposeront la désobéissance d’Ève à l’obéissance de Marie. Ce n’est toutefois qu’à la lecture globale de tous les textes de l’Ancien Testament que l’on appréciera pleinement la grandeur de la première mère pour Israël, Ève, la mère des vivants.

Ève et Marie

Des parallèles ont été établis entre le dialogue de Marie avec l’ange Gabriel et le dialogue d’Ève avec le serpent (Lc 1,28-35 et Gn 3,17). De même pour le texte de Genèse 3,15 et celui de Jean 19,25-28a (la scène de Marie au pied de la croix). On pourrait envisager le processus de l’histoire du salut d’Ève à Marie comme suivant un double mouvement : d’abord la dispersion de la race humaine en une multitude d’individus, puis la concentration progressive de toutes les attentes de salut dans le Messie né de Marie, la Mère de Dieu. Toutes les femmes éminentes de l’Ancien Testament sont des réalisations partielles et concrètes de la mère primordiale des temps anciens (Ève) qui perdure et se prolonge en elles. De même que le Nouvel Adam se prolonge dans le « Corps Mystique » du Christ (la communauté ecclésiale du nouveau peuple de Dieu), de même Marie représente-t-elle aussi tous ces « enfants de Dieu, autrefois dispersés, mais désormais réunis » par son Fils.

Les paroles de Jésus sur la croix, « Voici ta mère » (Jn 19,27), peuvent faire référence à l’étymologie populaire du nom d’Ève en Genèse 3,20 : « L’homme appela sa femme “Ève” parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » Comme l’Église est « la Jérusalem d’en haut… notre mère » (Ga 4,26), ainsi Marie est-elle la mère des croyants, qui, au pied de la croix, étaient présents concrètement dans la personne du « disciple que Jésus aimait ».


Sara

La bienveillance de Dieu envers l’humanité se poursuit avec l’appel d’Abram et s’étend sur les deux Testaments à travers les récits de vocation des descendants d’Abraham et de Sara.

Abraham est l’archétype de qui répond à Dieu dans la foi. Avec Sara, ce patriarche fait écho à l’initiative divine. À travers lui, Dieu promet un avenir à son Peuple. La mise à l’épreuve de la foi d’Abraham propose un modèle pédagogique et spirituel à tous ceux qui cheminent et grandissent dans la foi. Il a été choisi et a répondu librement à la divine Providence, au salut et à l’avenir d’un Peuple. Abraham est appelé à juste titre « notre Père dans la foi ».

C’est Sara, la femme d’Abraham, qui permet à la promesse de se réaliser et aide Abraham à vivre sa foi en Dieu. Saraï, l’épouse belle et forte d’Abraham, voit son nom changé par Dieu en Sara, ce qui signale son élection et sa vocation d’être la mère d’Isaac et la mère de croyants. Son histoire commence en Genèse 12 et se termine en Genèse 23, avec son enterrement dans la grotte de Makpéla (cf. Gn 23,19 ; 25,10 et 49,31).

Dans la Bible, elle est décrite comme étant belle, hospitalière, remplie de foi et douée d’humour. Les épîtres du Nouveau Testament la nomment quatre foi (Rm 4,19 ; 9,9 ; He 11,11 et 1 P 3,6). Ces passages montrent comment Dieu lui a permis de concevoir et mettre au monde un fils en dépit de sa stérilité. Elle est l’épouse croyante et la mère de la promesse. En Galates 4,21-30, où elle est mentionnée sans être nommée, elle annonce la Jérusalem d’en haut. Sa foi et son obéissance sont mises en évidence en Hébreux 11,11 et 1 Pierre 3,6. Sara est la première des matriarches de l’Ancien Testament. Viendront ensuite Rébecca et Rachel.

Sara et Marie

Dans les lectures pour les Messes en l’honneur de la Vierge Marie, Sara n’apparaît que dans la messe intitulée « La Bienheureuse Vierge Marie, Fille élue d’Israël ». La mention de Sara situe Marie dans la continuité des grandes matriarches qui, par la foi, ont surmonté leur stérilité. Marie conçoit Jésus en vertu de sa foi. La stérilité de Sara prend fin lorsque le Seigneur dit à Abraham : « Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé ? À la même saison l’an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils » (Gn 18,14). L’ange Gabriel, le messager de Dieu, dit à Marie quelque chose de semblable : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu… car rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,35.37).

Marie partage le sens généreux de l’hospitalité et de la disponibilité de Sara. Elle démontre cela dans sa visite à Élisabeth (Lc 1,39-45). Marie est aussi bénie de Dieu du fait qu’elle aura un fils malgré sa virginité. Elle est également un modèle de foi toute sa vie durant, selon les événements qui sont rapportés à son sujet dans le Nouveau Testament.


Rébecca

Rébecca est la deuxième matriarche d’Israël. Elle est décrite en Genèse 24,16 : « La jeune fille était très belle, elle était vierge, aucun homme ne l’avait approchée. » Son histoire conclut la saga d’Abraham.

Elle est la plus intelligente et la plus autoritaire des matriarches, et pourtant

elle incarne la beauté et la vertu féminine tant dans sa conduite (sa virginité

et ses actions), ses paroles énergiques, sa politesse prévenante que dans son assurance (voir David Noel Freedman ed., The Anchor Bible Dictionary,

vol. 5, New York, Doubleday, 1992, 629).

Rébecca en tant que femme d’Israël – en fait elle est la mère de Jacob qui sera appelé Israël – est présentée comme vierge la première fois qu’elle est mentionnée dans la Genèse. Une fois donnée en mariage à Isaac, nous apprenons qu’elle est stérile jusqu’au jour où elle prie Dieu de la délivrer de cette condition. Elle donne alors naissance à Ésaü et Jacob, mais éprouve de la préférence pour Jacob. C’est grâce à son intervention et à son astuce qu’elle obtient pour Jacob la bénédiction paternelle d’un Isaac âgé et aveugle. Jacob doit fuir devant Ésaü, séparant ainsi la mère de son enfant préféré.

Dans sa lettre aux Romains, Paul offre l’éclairage théologique suivant sur le rôle de Rébecca dans l’histoire d’Israël, le peuple de Dieu :

«…Rébecca avait conçu d’un seul homme, Isaac notre père : or avant la naissance

des enfants, quand ils n’avaient fait ni bien ni mal, pour que s’affirmât la liberté

de l’élection divine, qui dépend de celui qui appelle et non des œuvres, il lui fut

dit : L’aîné servira le cadet, selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï

Ésaü. » (Rm 9,10-12).

Le merveilleux commentaire de Paul sur la promesse messianique, manifestée de façon dramatique dans l’histoire du salut chez Jacob, souligne le choix libre de Dieu au moyen de personnes de foi, les grands patriarches et matriarches du récit de la Genèse.

Teresa Okure, théologienne nigériane, perçoit un lien entre le rôle de Rébecca et celui de Marie en relevant que l’aide apportée par Rébecca à Jacob n’était pas seulement motivée par l’intérêt personnel, mais exprimait à sa manière sa coopération à l’accomplissement du plan de Dieu vu que ce dernier lui avait révélé le sort de ses deux enfants avant qu’ils ne soient nés. La mère de Jésus a coopéré avec Dieu dans la dernière et plus importante étape de l’histoire du salut. [Voir : Teresa Okure, « Women in the Bible », In : With Passion and Compassion: Third World Women Doing Theology. New York, Maryknoll, 1988, 47-59.]

Rébecca et Marie

L’appel advient à Marie par Gabriel et elle est appelée la Vierge Marie. Elle aussi est finalement séparée de son fils, tant durant les trois jours passés à sa recherche que pendant les années de sa vie publique. Son rôle dans l’accomplissement de la promesse messianique continue ce qui avait débuté avec ses ancêtres Sara, Rébecca et Rachel.

Des théologiennes ont affirmé l’importance des femmes de la Bible telles Rébecca en déclarant que les femmes qui apparaissent occasionnellement dans des rôles de leaders dans les récits bibliques ne devraient pas être considérées comme des exceptions, mais comme représentatives d’un possible groupe plus étendu de femmes actives dans la vie publique dont l’identité a été perdue dans un processus de canonisation contrôlé par les hommes. Elles ajoutent que les figures prophétiques et sapientiales féminines pourraient ne pas avoir trouvé de place dans le canon à cause de l’absence d’une reconnaissance de la valeur et de l’autorité des femmes.

Rébecca est une vierge au moment de son mariage avec Isaac. Le récit biblique met en évidence la constance de ses qualités : sa ténacité, sa fidélité et son amour préférentiel pour Jacob. Elle fait preuve de créativité dans sa façon d’aider Jacob à dérober à Isaac la bénédiction destinée au fils aîné (Gn 22,23 ; 24 ; 26,6-11 ; 27). Marie est une vierge dans les récits de Matthieu (1,16.18-25) et de Luc (1,26-38). Elle est proclamée bienheureuse par Élisabeth (Lc 1,45). Sa ténacité apparaît dans les événements qui l’unissent à son fils Jésus presque à chaque fois qu’elle est mentionnée dans le Nouveau Testament.


Rachel

Rachel fut l’épouse préférée et chérie de Jacob ou Israël, l’ancêtre qui a donné son nom au peuple de Dieu. Elle est ainsi la femme d’Israël par excellence. « L’histoire de Rachel est une histoire d’amour et de dévouement sans équivalent dans les récits bibliques. » (Voir Anchor Bible, vol. 5, 605.)

Matthieu 2,17-18 décrit l’accomplissement de la prophétie de Jérémie qui parle du grand chagrin de Rachel : « Une voix dans Rama s’est fait entendre, pleur et longue plainte : c’est Rachel pleurant ses enfants ; et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus. » Cette citation de Jérémie 31,15 rapporte la mort de Rachel à la naissance de son second fils (Gn 35,16-19) à la conquête d’Israël par les Assyriens en 722-21 av. J.C.. Matthieu, qui parle de la naissance du Messie Jésus, utilise le texte de Jérémie afin de raconter comment la Sainte Famille a échappé au massacre des enfants de Bethléem.

Rachel a l’oreille de son Dieu car elle parle d’amour et de relations familiales. Elle a œuvré à une guérison de ces relations parce qu’elle ne s’est pas contentée de parler d’amour, mais a vécu cet amour tout au long de sa vie. « Le message de Rachel à Dieu est de se situer par rapport à Israël dans l’amour qui vient de la famille, de la sainte famille. » (Citation de Jacob Neussner.)

Rachel et Marie

Rachel surmonte sa stérilité avec l'aide Dieu. Elle fait preuve d'astuce en dérobant les teraphim, les idoles domestiques, de Laban, son père. Vu leur valeur marchande, elle assure ainsi son indépendance et sécurise l'héritage d'Israël. Son chagrin est patent à l'occasion de la perte de Joseph, son fils. Cela est rappelé par le prophète Jérémie (Jr 31,15). Elle est l'épouse bien-aimée de Jacob qui a énormément travaillé pour obtenir sa main.

Marie voit sa virginité bénie quand l'Esprit Saint la couvre de son ombre, à la suite de quoi elle donnera naissance à Jésus. Matthieu rappelle les pleurs de Rachel lorsqu'il rapporte le massacre des Innocents. Marie, comme Rachel, est une mère en chagrin qui endure la mort de son fils, Jésus, au Calvaire.


Léa

Léa est, à côté de Rachel, l’autre épouse de Jacob, l’autre mère des enfants d’Israël. Elle est issue de Térah le Mésopotamien, à travers Nahor et Bétuel. Son père est Laban, fils de Bétuel et frère de Rébecca. Léa est la mère de Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon et Dina. Les fils de sa servante Zilpa sont Gad et Asher qui sont reconnus comme les siens propres. Léa, selon le dessein de la Providence divine, est l’ancêtre de deux figures majeures d’Israël, en l’occurrence Moïse et David. Ce don lui vient de Dieu en dépit de la préférence de Jacob pour Rachel. La dernière mention de Léa se trouve en Genèse 49,31 : « Là furent ensevelis Abraham et sa femme Sara, là furent ensevelis Isaac et sa femme Rébecca, là j’ai enseveli Léa ».

Au temps des patriarches, les lois concernant le mariage n’étaient pas aussi strictes que celles prescrites en Lévitique 18,6-8. Comment Léa s’insère-t-elle dans la tradition mariale ? Grâce au fait que Juda, un de ses fils, est à l’origine de la lignée davidique. Bien que Léa ne soit pas mentionnée dans la généalogie de Matthieu 1,1-17, il y a un lien à travers son mariage inhabituel avec Jacob et à travers Juda. Elle est la mère prolifique de huit des douze tribus, qui tiennent leurs noms de ses fils.

Léa et Marie

La fidélité de Léa à Jacob est une de ses forces. Elle est la mère de huit fils, les « tribus de Léa ». Son dévouement envers sa famille et ses parents est une de ses qualités. Elle sait ce que signifie le don de soi.

Marie donne naissance à Jésus qui est un descendant de Juda, un des fils de Léa. Marie est elle aussi fidèle à sa famille durant la vie cachée et la vie publique de Jésus. Sa présence au pied de la Croix, dans l’évangile de Jean, atteste de sa compassion, sa souffrance et son amour.


Déborah

Deux Déborah sont mentionnées dans l’Ancien Testament : la nourrice de Rébecca qui est enterrée près de Béthel (Gn 35,8) et – bien mieux connue – la prophétesse, épouse de Lappidot (Jg 4,4-5,31). Sa mémoire est célébrée en Juges 5 notamment. Pour sa part, le Pseudo-Philon nous livre de fascinantes informations sur la place qu’elle occupe dans la tradition d’Israël.

Déborah la prophétesse, à cause de ses qualités de meneuse d’hommes, de son courage et de sa vocation prophétique, est honorée dans le chant commémorant la victoire sur les chefs militaires cananéens Yabîn et Sisera. Ce chant est sans doute un des plus anciens textes de l’Ancien Testament, datant peut-être de l’époque des Juges (1200 av. J.C.).

Le cantique de Déborah tient en 106 lignes. Ce n’est pas un chant de Déborah, mais sur Déborah Il traite d’eau et de gloire : l’intervention divine. Yahvé, au moyen d’un torrent, manifeste la gloire divine dans une victoire. Yaël, une autre femme, parachève la victoire en tuant Sisera, le général des Cananéens. La dernière partie du poème est constituée de bénédictions et malédictions. Yaël est dite « bénie entre les femmes » (Jg 5,24).

Déborah et Marie

Dans une relecture de l’Ancien Testament et du Psaudo-Philon, on observe comment, par analogie, l’Église catholique a noté des similitudes entre Marie et, tout à la fois, Déborah et Yaël. Le Pseudo-Philon nous présente Déborah comme Mère d’Israël appelant ses enfant à suivre la Torah. Marie, de même, exhorte les serviteurs de Cana à faire tout ce que Jésus leur dira (Jn 2,1-5). Déborah exhorte Israël à glorifier le Seigneur. L’eau est symbole ou moyen de la victoire. Cela se retrouve en Jésus qui change l’eau en vin et qui, de la sorte, manifeste sa gloire à ses disciples qui croient en lui (Jn 2,11).

Dans le chant de victoire, Yaël, la femme de Héber, est louée : « Bénie entre les femmes soit Yaël, entre les femmes qui habitent tentes, bénie soit-elle ! » (Jg 5,24). Nous trouvons en Luc des béatitudes adressées à Marie par l’ange Gabriel (1,28), par Élisabeth (1,45) et aussi par une femme anonyme dans la foule (11,27). Déborah est vue comme Mère d’Israël en esprit alors que Marie est la Mère de tous les croyants représentés par le disciple bien-aimé au pied de la Croix (Jn 19,25-27).

Il y a aussi un parallèle entre l’Esprit Saint reposant à la fois sur Déborah et sur Marie. Déborah est un leader remarquable qui a le don de prophétie et de sagesse. Ses décisions débouchent sur la victoire d’Israël par l’entremise d’une autre femme courageuse, Yaël. Déborah, dans son cantique (Jg 5), démontre une confiance totale en Dieu et attribue la victoire au pouvoir de Dieu sur les rois étrangers.

Marie n’exerce pas la fonction de juge ou celle de leader en temps de guerre. Elle fait cependant preuve de sagesse (puisque, soumis à ses parents, Jésus grandit en sagesse ; cf. Lc 1,51-52) et son Magnificat a des accents prophétiques quand il chante la puissance de Dieu sur les ennemis d’Israël. Marie partage avec Yaël une même béatitude : « Bénie es-tu entre les femmes ».


Yokébed

Yokébed, la mère de Moïse, Aaron et Miryam, est considérée comme une « Mère d’Israël » par la tradition juive. Elle est une lévite et figure dans les généalogies d’Exode 6,20 comme épouse d’Amram et mère de Moïse et Aaron. Dans Nombres 26,59, elle est présentée comme étant « fille de Lévi, qui lui était née en Égypte ».

A. Serra rapporte le renvoi de Yokébed par son mari Amram, raconté par la haggadah Sotah 12a (200-300 ap. J.C.). Ce récit narre la décision d’Amram et de tous les Israélites de cesser d’avoir des enfants à cause de la persécution de Pharaon. Miryam, sa fille, le convainc de reprendre Yokébed secrètement. Le Psaume 113,9 est chanté à l’occasion du renouvellement du mariage. Miryam, fidèle à sa vocation prophétique entrevoit la naissance et destinée de Moïse, son frère. Elle déclare : « Ma mère donnera le jour à un fils qui sera le sauveur d’Israël » (Sotah 12b-13a). Après la naissance de l’enfant, c’est Miryam qui sauve Moïse des eaux du Nil et qui permet à sa mère de devenir sa nourrice auprès de la fille de Pharaon.

Il y a dans la haggadah maintes similitudes avec l’annonciation à Joseph en Matthieu (Mt 1,18-25). On le voit dans le parallèle avec les hésitations de Joseph à prendre Marie comme épouse, l’annonce prophétique de la naissance par un messager divin et les circonstances miraculeuses dans lesquelles Marie conçoit. Dans la haggadah, Yokébed redevient jeune et met Moïse au monde à l’âge de 130 ans ! Elle accouche de Moïse presque sans douleurs, puis ne paraît pas avoir été enceinte. Cette naissance paisible de Moïse le soustrait aux yeux des espions égyptiens.

Le récit de la conception virginale chez Matthieu se situe dans le même cadre théologique et précède d’au moins deux cents ans la haggadah juive. À cette tradition se rattache l’Apocalypse de Baruch (100-150 ap. J.C.) : « Les femmes ne souffriront plus pendant leur grossesse et l’angoisse ne la naissance sera épargnée au fruit de leurs entrailles. » (Apoc. Baruch 73,1-7 ; 74,1).

Yokébed et Marie

Yokébed est la mère de Moïse, le sauveur et libérateur d’Israël. La tradition juive la fait accoucher miraculeusement sans douleur. Elle protège aussi son enfant de Pharaon. Elle est considérée comme la Mère d’Israël.

Marie est la mère de Jésus qui est le Messie et le Sauveur selon les chrétiens. Elle donne naissance à Jésus de façon miraculeuse et, avec Joseph son époux, elle le protège des mains meurtrières d’Hérode.


Miryam

Le nom de la Vierge Marie lui fut donné par ses parents sans doute en l’honneur de Miryam, la sœur de Moïse et d’Aaron (dans l’Ancien Testament). Sous la conduite de Moïse, elle fut une prophétesse et un leader du peuple dans sa traversée de la mer Rouge et du désert. Anne et Joachim ont peut-être été motivés par le désir d’une renaissance du peuple d’Israël, de même que les parents de Marie Madeleine, Marie de Béthanie, Marie mère de Jacques ou encore Marie mère de Marc.

Son nom signifierait « dame princesse » ou, s’il y a un lien avec le lieu appelé Méribah, « eaux amères ». Miryam, la sœur de Moïse, est seule dans l’Ancien Testament à porter ce nom si on excepte la Miryam inconnue de 1 Chroniques 4,17. O. Bardenhewer a recensé pas moins de 67 étymologies différentes pour le nom « Miryam » !

Plus probablement, ce nom aurait désigné une dame de haut rang, une princesse donc, et ainsi plutôt belle. Si le nom a une origine égyptienne, le sens de « chère » ou « chérie » en serait la meilleure traduction. Selon de la Potterie, le kécharitôménê de Luc 1,28 serait utilisé comme un équivalent de « Marie » et indiquerait que ce nom s’appliquerait à une femme comblée de grâce par Dieu, donc gracieuse et belle.

Le judaïsme considère Myriam comme une prophétesse. Elle reprend le chant de victoire célébrant Dieu qui a libéré son peuple pendant l’Exode :

« Miryam, la prophétesse, sœur d’Aaron, prit en main un tambourin et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins, formant des chœurs de danse. Et Miryam leur entonna : “Chantez pour Yahvé, car il s’est couvert de gloire, il a jeté à la mer cheval et cavalier” » (Exode 15,20-21).

Dans l’évangile de l’enfance selon Luc, le Magnificat est attribué à Marie (certains manuscrits mineurs l’attribuent à Élisabeth). Les deux hymnes partagent plusieurs thèmes. Marie glorifie Dieu comme son Seigneur et Sauveur alors que Moïse ou Miryam chante la gloire, kabôd, de Dieu. Dans les deux cas, Dieu est identifié comme Seigneur et Sauveur. Abraham est le père dans la foi des deux femmes. Les deux exaltent Dieu dans son triomphe sur les puissants. Pharaon est mis à bas comme les orgueilleux du Magnificat. Dieu déploie la force de sa droite, de son bras dans les deux chants. Les œuvres puissantes de Dieu sont exaltées. L’amour constant de Dieu a sauvé et libéré Israël, son peuple. Ces parallèles apparaissent plus clairement dans la comparaison de la version grecque de la Septante du « chant de victoire » avec le texte, grec, de Luc. Ce dernier a imité le style, les expressions et le vocabulaire de cette traduction grecque du « chant de victoire ».

La fuite en Égypte de Marie et Joseph, pour échapper à la tyrannie et violence d’Hérode, suit le parcours inverse de Moïse qui, avec Miryam et Aaron, fuyait Pharaon. Marie de Nazareth aura néanmoins touché le même sol égyptien que sa matronyme Miryam (Mt 2,13-15)on

Le fait que la Bible contient sept passages différents parlant de Miryam atteste de son rôle de leader en Israël. Le prophète Michée l’exalte : « Car je t’ai fait monter du pays d’Égypte, je t’ai racheté de la maison de servitude ; j’ai envoyé devant toi Moïse, Aaron et Miryam (Mi 6,4).

Miryam et Marie

En repérant les qualités de Miryam, la sœur de Moïse, on observe ce qui suit : elle est un leader, une prophétesse, une médiatrice, une initiatrice, une servante, un modèle de discrétion et de pertinence, une négociatrice et une femme qui prend soin des autres et qui collabore dans les coulisses, mais efficacement, à l’histoire salvifique du peuple élu.

Dans les hymnes et litanies de l’Église, la tradition catholique attribue de telles qualités à Marie. Les fondements bibliques de l’emploi de ces expressions sont tirés des récits de l’Annonciation, de la Visitation (Lc 1,28-45) et des noces de Cana (Jn 2,1-11).


Judith

Judith est l’héroïne du livre deutéro-canonique du même nom. Elle incarne la femme idéale de la piété juive tardive (150-100 av. J.C.). Bien des aspects de sa vie laissent voir en elle une pharisienne. Dans sa victoire sur Holopherne, elle ressemble à Déborah et Yaël dans leur victoire sur Sisera. Elle se décrit en Judith 11,17 : « Car ta servante est une femme pieuse : Nuit et jour elle honore le Dieu du ciel. »

De par son observance religieuse, Judith est une personne juste. Elle observe les prescriptions de la Torah, est une chaste veuve, observe les fêtes et même les veilles de fêtes (8,6). Elle observe les lois et rituels de purification (12,2.9.19 ; 16,18). « …elle est un modèle de religion pharisienne. Il n’est pas étonnant que sa dévotion soit bénie ; elle est riche, elle est belle, tous l’estiment (8,7-8) même s’il est à noter que le texte ne parle pas d’enfants. L’histoire se concentre sur son courage, son initiative, son don de soi (13,20)… » [Voir : Reginald C. Fuller, éd., A New Catholic Commentary on Holy Scripture. (Nashville : Thomas Nelson, 1969) 404.]

Judith représente l’ensemble du peuple d’Israël fidèle. Cela apparaît notamment dans son hymne final (16,1-17). Judith appartient aux pauvres de Yahvé (tapeinoi : 6,19 ; 13,20 ; 16,11). Les biblistes reconnaissent que la physionomie spirituelle de Judith est sans aucun doute celle des pauvres en esprit. Dans ses actes, Judith devient un paradigme de la libération humaine. Elle témoigne de la vérité fondamentale selon laquelle la foi ne dépend pas de résultats visibles (8,17-27) et que la puissance de Dieu ne réside pas dans le nombre (9,11).

Judith et Marie

On trouve en Marie de Nazareth un écho à la confiance absolue placée en Dieu par Judith en tant que « pauvre de Yahvé ». On trouve chez l’une comme chez l’autre l’observance des rituels des lois de purification et des fêtes, en particulier la Pâque. Toutes deux sont exemplaires dans leur vie de prière et leur participation aux pratiques religieuses.

Dans les lectures liturgiques des messes en l’honneur de Marie, la bénédiction de Judith annonce celle de Marie par Élisabeth : « Sois bénie, ma fille, par le Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre » (Jdt 13,18). Les louanges adressées à Judith – « Tu es la gloire de Jérusalem ! Tu es le suprême orgueil d’Israël ! Tu es le grand honneur de notre race ! » (Jdt 15,9) – ainsi que des paroles provenant de son propre hymne sont aussi fréquemment employées en lien avec Marie :

« Je veux chanter à mon Dieu un cantique nouveau. Seigneur tu es grand, tu es glorieux, admirable dans ta force, invincible. Que toute ta création te serve ! Car tu as dit et les êtres furent, tu envoyas ton souffle et ils furent créés, et personne ne peut résister à ta voix » (Jdt 16,13-14).

Esther

Esther est une héroïne et le paradigme de la femme totalement libérée qui place toute sa confiance en Dieu. Par la prière et le jeûne, elle est en mesure de contrer le mal projeté par les Perses et d’intercéder en faveur de son peuple Israël auprès du roi Assuérus. Reine, Esther est concernée par le destin des juifs, même si son statut pourrait la mettre à l’abri du décret d’extermination lancé contre son peuple. Elle demande aux juifs un jeûne de trois jours pour préparer avec elle son apparition devant le roi à qui elle compte demander le salut de son peuple, au risque d’être punie de mort pour son audace. Au moins, elle aura essayé ! Il y a en elle à la fois de la résignation et une courageuse liberté ainsi que l’espoir que sa démarche aboutira. [Voir : John F. Craghan, « Esther: A Fully Liberated Woman », The Bible Today 24 (1986), pp. 6-11.]

Aujourd’hui encore, les Juifs commémorent Esther lors de la fête de Purim où les enfants rejouent les scènes du livre avec toutes sortes de déguisements. L’ennemi juré du peuple d’Israël, Haman, est habituellement représenté en costume noir. Dans la célébration de Purim, les valeurs mises en évidence sont le sacrifice de soi et la providence divine. Ce sont aussi les deux thèmes majeurs du livre d’Esther. [Voir : C. G. Montefiore and H. Loewe, A Rabbinic Anthology. (New York : Schocken, 1974), pp. 99-101.]

Dans la tradition juive, le livre d’Esther fait partie des cinq megillot ou rouleaux. Esther en constitue le rouleau, megillah, par excellence. « À moins qu’un autre des cinq ne soit spécifié, le terme megillah en est venu à désigner le seul livre d’Esther. » ." [Voir : Rufus Learsi, Israel: A History of the Jewish People. (New York : Meridian, 1966), 120.]

Esther et Marie

Marie, la mère de Jésus, ressemble à Esther dans sa prière et son pouvoir d’intercession auprès de Dieu. Elle promeut aussi le bien et du peuple et du peuple chrétien dans son rôle de Reine.

Trois passages du livre d’Esther sont utilisés dans la mariologie des premiers auteurs chrétiens et dans la liturgie catholique : 2,16-18 ; C,12.14-15.25.30 et 8,3-8.16-17.


Tamar

Tamar, « le palmier », est la première femme mentionnée dans la généalogie de Matthieu : « Juda engendra Pharès et Zérah, de Tamar » (Mt 1,3). La raison de la mention de Thamar se trouve en Genèse 38. Juda, dont les deux aînés ont été successivement mariés à Thamar et son mort, craint pour son troisième fils, Shéla. Au lieu de le donner en mariage à Thamar, comme il devrait le faire, il renvoie Thamar veuve et sans enfants. Par un stratagème ingénieux, Tamar se déguise en prostituée et Juda couche avec elle. Elle prend cependant soin de subtiliser quelques objets appartenant à Juda. Elle conçoit et est accusée d’adultère. Quand elle montre les objets appartenant à l’homme duquel elle a conçu, Juda reconnaît que c’est lui qui a enfreint la loi divine : « Elle est plus juste que moi. C’est qu’en effet je ne lui avait pas donné mon fils Shéla » (Gn 38,26). Elle donne naissance à des jumeaux, Pharès et Zérah. Pharès sera l’ancêtre de David (Rt 4,18ss.) et donc, finalement, du Messie.

L’histoire de Tamar est une illustration de la loi du lévirat :

« Si des frères demeurent ensemble et que l’un d’eux vienne à mourir sans enfant, la femme du défunt ne se mariera pas au-dehors avec un homme d’une famille étrangère. Son « lévir » (beau-frère) viendra à elle, il exercera son lévirat en la prenant pour épouse et le premier-né qu’elle enfantera prendra le nom du frère défunt, afin que ce nom ne soit pas effacé d’Israël » (Dt 25,5-6).

Tamar et Marie

Pourquoi Matthieu relève-t-il le nom de Tamar dans sa généalogie ? Parce que c’est de la lignée messianique de Juda que surgira David. Tamar atteste aussi le côté anormal de sa situation de veuve ayant besoin de l’intervention divine pour rétablir la justice en sa faveur.

De même, Marie, la mère de Jésus, se retrouve dans une situation anormale à cause de sa grossesse à laquelle Joseph, son fiancé, n’est pour rien. Comme Tamar est reconnue juste devant Dieu, Marie est reconnue innocente. Joseph découvre cela dans un rêve.


Rahab

De même que Tamar n’est pas condamnée comme prostituée quand elle cherche à obtenir justice de la famille de Juda qui lui était redevable, de même Rahab (Jos 2) ne l’est pas non plus, elle qui est au contraire louée pour sa foi, son ingéniosité et son hospitalité, vertus qui comptent parmi les plus exaltées par les Écritures. Elle est aussi vénérée dans le Nouveau Testament (He 11,31 ; Jc 2,25) ainsi que dans les anciennes traditions chrétiennes (1 Clément 12,1) et juives (Mek Ex 18,1 ; Midr. Ruth 2,1).

Son statut sexuel inhabituel est sans doute l’une des raisons pour lesquelles Matthieu l’a incluse dans sa généalogie de Jésus. Elle n’est pas une fille vierge ou une épouse non vierge. Pour cela, elle représente une menace pour la structure sociale patriarcale. Toutefois, en tant que prostituée professionnelle, elle est aussi victime de ce système.

Cette femme qui se situait en dehors de la culture patriarcale en général et celle, ethnique, d’Israël en particulier, se retrouve intégrée aux deux (Jos 6,5). La « profession de foi » de Rahab (Jos 2,9-11) explique pourquoi elle protège les espions de Josué (vv. 12-13). On peut y voir déjà dans ce texte ancien comment le pouvoir de Dieu se mêle à l’initiative extraordinaire prise par Rahab en face des puissances du monde patriarcal. Sa foi et le soutien qu’elle apporte au peuple élu de Dieu, Israël, peuvent aussi rendre compte de sa mention dans la généalogie de laquelle le Messie est issu.

Le fait qu’elle gagne, pour elle-même et sa famille, une place dans l’histoire d’Israël peut aussi expliquer son inclusion dans la généalogie de Matthieu. C’est une femme sensible, réceptive à la présence de Dieu et sachant user de ses ressources. En tant que telle, elle est digne de figurer parmi les mères d’Israël. Quoique enfermée dans les structures patriarcales de son époque, elle les dépasse par sa foi, son instinct créatif et sa faculté à discerner l’action de Dieu derrière les guerriers d’Israël. La littérature rabbinique l’exalte comme Mère d’Israël dont descendront huit prêtres et huit prophètes.

Rahab et Marie

Il existe plusieurs points de convergence entre les histoires de Rahab et de Marie, qui nous aident à mieux comprendre les deux femmes et la foi qui les a inscrites dans la tradition biblique : la sexualité est concernée par les deux histoires ; les deux femmes encourent une punition (mort) ; toutes deux furent instruments par lesquels Dieu a pris possession du pays et des cœurs ; toutes deux furent signes et exemples de foi (He 11) ; toutes deux furent mères de la foi.


Ruth

Ruth figure aussi parmi les « Mères d’Israël ». Le Targum de Ruth 2,12 traduit : « …tu es celle qui est arrivée… protégée par l’ombre de la majesté de Dieu et la gloire de Dieu et, grâce à cette récompense, tu seras libérée du jugement de la Géhenne car tu as ta place parmi Sara, Rébecca, Rachel et Léa ; c’est-à-dire parmi les mères d’Israël. » (Rabbah Ruth 5,5 à 2,13 ; Pesikta de Rob. Kohaha 26,1.)

Ruth personnifie Israël alors que Booz, son mari, symbolise Dieu. La littérature rabbinique compare sa relation à Booz avec celle d’Israël à Dieu qu’Israël doit glorifier (Ex 15,2) et en dehors duquel il n’aura pas d’autre dieu (cf. Ex 20,3). Ceci est étroitement lié à l’Alliance entre Dieu et Israël qui est semblable à l’alliance conjugale entre Ruth et Booz. D’une telle alliance naîtra l’Oint, le Messie.

Ruth et Marie

L’Église aussi, dans sa tradition primitive, reprend la typologie en faisant de Booz une figure du Christ et Ruth une image de l’Église. Aux 12ème et 13ème siècles, Marie à son tour est vue comme ayant été préfigurée par Ruth. Pierre de Celle (1115-1182) voit un parallèle entre les mots de Ruth « Je suis Ruth, ta servante » (Rt 3,9) et ceux de Marie « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » (Lc 1,38).

Aussi bien Ruth que Marie répondent activement à Dieu dans leurs vies. En tant que telles, elles représentent leur peuple Israël dans sa réponse primordiale à l’alliance au Sinaï. Ruth anticipe la réponse « Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons et nous y obéirons » (Ex 24,7). Ruth dit à Booz : « Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux pour que tu t’intéresses à moi qui ne suis qu’une étrangère ? » (Rt 2,10), et à Noémi : « Tout ce que tu me dis, je le ferai » (Rt 2,10). Marie aussi a été objet de faveur ou de grâce : « Réjouis- toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28). Marie reconnaît cela dans son propre cantique : « …parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante, oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48). Marie aussi, comme Israël au Sinaï, répond à l’appel de Dieu en disant : « qu’il m’advienne selon ta parole ! » (Lc 1,38). Les deux femmes sont objets de faveur et y répondent positivement. Ruth est mentionnée dans la généalogie de David dans les derniers versets du livre !

Une dernière remarque à propos du paradoxe d’un Dieu qui agit au travers de l’histoire humaine. La situation de Ruth, étrangère sans enfants, est transformée par son affection (hesed) envers Noémi. Ruth devient l’épouse de Booz, mais c’est Dieu qui lui donne de concevoir (Rt 4,13). C’est aussi ce que Matthieu suggère dans le paradoxe de Marie qui est la dernière femme mentionnée dans sa généalogie : « de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ » (Mt 1,16).

Au coeur du cantique de Marie, il y a l’amour tendresse de Dieu. Le mot hébreu hesed rend compte de cette disposition de Dieu. Selon Elaine Wainwright, la hesed donne aussi la clef de l’histoire de Ruth : « Le livre de Ruth célèbre également la hesed de la femme (Rt 1,8 ; 2,20 ; 3,10) et, même si les allusions au dévoilement des pieds de Booz soulève des questions quant au côté anormal créé par cette situation, aucun vocabulaire de péché n’est associé à Ruth dans tout le livre ». ." [Voir : Wainwright, Feminist Critical 64 (cf. 166-168). David Daube, The New Testatment and Rabbinic Judaism (London : Athlone, 1956) 27-36. J. Massingberd Ford, « Mary's Virginitas Post-Partum and Jewish Law », Biblica 54 (1973) 269-272.]

Cela s’applique aussi aux textes qui, en Luc, traitent de la Vierge Mère de Jésus. Les traditions et de la Synagogue et de l’Église ont, respectivement, maintenu l’absence de péché chez ces deux mères d’Israël.


Bethsabée

Dans la généalogie de Matthieu, Bethsabée est appelée « la femme d’Urie » (Mt 1,6). Son nom n’est pas mentionné. Son rôle est pourtant essentiel dans la généalogie. L’absence du nom souligne ce que son union maritale avec David avait d’irrégulier. Après la mort d’Urie, elle devient l’épouse de David, puis « Reine Mère » ou Gebîrah dans la mesure où son fils Salomon montera sur le trône de David à l’instigation du prophète Nathan aidé en cela par Bethsabée elle-même (1 R 1,11-37).

La reine mère (gebîrah) a joué un rôle clairement défini dans nombre de sociétés anciennes et modernes. Le mythe omphalos, qui présentait la terre comme centre vital symbolisé par la déesse mère (mère divine), a été supprimé par les prophètes et historiographes de l’Ancien Testament. Certains voient dans la figure de Dame Sagesse (Pr 1-9) une sorte de subsistance, sous une forme modifiée, de cette ancienne déesse mère. La fonction de reine mère en Judée pourrait aussi être une conséquence de ce mythe. Cette fonction correspondrait à une position d’aînée à la cour et répondrait à la description de Dame Sagesse dans le livre des Proverbes. Mais elle pourrait aussi résulter du fait que les rois disposaient d’un harem : beaucoup d’épouses, mais une seule mère. Quoiqu’il en soit, la reine mère était la « First Lady » du royaume. La Bible n’utilise pas le mot gebîrah à propos de Bethsabée, mais elle est la deuxième personne du royaume (1 R 2,19) : le roi se prosterne devant elle. Bethsabée a l’oreille du roi son fils ; on lui demande de présenter des requêtes au roi. Elle joue un rôle d’intercesseur. Sa position fait d’elle une personne de conseil et une source de sagesse. À la mort de David, elle s’est préoccupée de sa succession et de la stabilité du royaume. Dans son effort pour assurer le trône à son fils, elle en a appelé directement à David mourant. Devenue reine mère, elle joue un rôle de conseiller politique et judiciaire à la cour, et de médiateur entre les factions politiques du pays. Son fils Salomon l’écoute, ce qui démontre le prestige dont la reine mère jouit à Jérusalem. « La reine mère était une dame conseillère dont le rôle se reflète dans le motif de Dame Sagesse du livre des Proverbes » [Anchor Bible, vol 5, p. 585.]

Dans la tradition juive contemporaine de la formation du Nouveau Testament, Bethsabée est vue comme une noble dame d’Israël. Après avoir exercé son influence sur David, elle a eu, en tant que Reine Mère, Gebîrah, une grande influence sur son successeur Salomon. De même que les autres femmes de la généalogie, Bethsabée est située à l’intérieur de l’histoire du salut d’Israël et du plan de Dieu. Cette femme est donc une figure-clef qui aide à mieux comprendre la dernière femme mentionnée, Marie, mère de Jésus. Bethsabée aussi est engagée dans l’action de l’Esprit et dans l’histoire du salut.

Bethsabée et Marie

Dans toute comparaison entre Bethsabée et Marie, mère de Jésus, la notion de « Reine Mère » permet peut-être de saisir que ce thème est né de l’Ancien Testament pour ensuite déboucher sur le thème de la royauté de Marie dans la liturgie et la dévotion. Comment comprendre alors la royauté de Marie à la lumière du concept de la Reine Mère ? On a dit que certaines « femmes puissantes » de l’Ancien Testament préfigurent Marie. Des versets concernant Esther et Judith ont été utilisés en référence à Marie dans la liturgie de l’Église : « Tu es la gloire de Jérusalem ! Tu es le suprême orgueil d’Israël ! Tu es le grand honneur de notre race ! » (Jdt 15,9). Ces versets expriment les sentiments de la communauté chrétienne.

La Reine Mère joue un rôle actif et assuré par rapport à son fils. Elle a le souci du royaume. On peut dire que Marie est responsable de la royauté de son fils en raison de sa maternité et son réel souci du royaume de Dieu (Lumen Gentium 56). Il est en revanche difficile de prouver que Marie ait été conscience de quelque dimension royale de son assentiment au moment de l’Annonciation. Marie n’a pas recherché le trône pour son fils comme l’ont fait d’autres « reines mères ». Au contraire, elle s’est mise au service du mystère de la rédemption « dans la dépendance au Christ » (Lumen Gentium 56). C’est un service d’effacement de soi, à l’image de son fils.

La reine mère disposait d’une puissante influence dans le royaume. Ce pouvoir dérivait de son statut de mère du roi. Si nous comparons cela à la médiation de Marie, on peut y voir un lien avec sa médiation maternelle. Le rôle de Marie est subordonné à l’action du Christ. Elle n’a jamais « régné » à sa place comme l’ont fait certaines reines mères.

Le rôle de Marie, à l’image de celui du Christ, ne doit pas être compris en termes de domination, sauf sur le mal. Son règne, comme celui du Christ, est fondé sur l’humilité et l’obéissance, et est caractérisé par la foi, l’espérance et la charité. C’est de cette façon qu’elle et son fils se situent par rapport aux fidèles. [Voir : George Francis Kirwin, The Nature of the Queenship of Mary. Thèse, Catholic University of America, 1973, p. 320.]

L’activité de Marie en tant que reine mère se manifeste dans sa fidélité à Dieu et son identification à la communauté de ceux qui suivent le Christ. Son influence se laisse saisir dans les paroles « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5). L’influence de Marie s’exerce à l’intérieur de la communion des saints. Son pouvoir d’intercession auprès de Dieu est partagé par tous les fidèles. Son intercession maternelle, son « intercession répétée » (Lumen Gentium 62) constitue ce qui la relie au motif de la gebîrah. Une ancienne hymne qui loue Marie en tant que reine, mère et médiatrice est le « Salve Regina » :

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut !

Enfants d’Ève, de cette terre d'exil nous crions vers vous ;

vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.

O vous, notre Avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants.

Et, après cet exil, obtenez nous de contempler Jésus, le fruit béni de vos entrailles,

Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie !

Finalement, en ce qui concerne les femmes de l’Ancien Testament mentionnées dans la généalogie de Matthieu, R. Brown conclut que c’est sans doute en raison du caractère non ordinaire de leur statut marital qu’elles ont été incluses dans cette généalogie et qu’elles préfigurent Marie, plutôt que parce qu’elles seraient pécheresses ou étrangères.


Fille de Sion

Pendant l’Avent, la liturgie catholique romaine célèbre le plan du salut au cours duquel le Dieu de miséricorde a appelé les patriarches, les a unis à lui dans une alliance d’amour, a établi la loi par Moïse, a fait surgir les prophètes et a choisi David et Bethsabée dont la lignée donnera naissance au Sauveur du monde. Les livres de l’Ancien Testament, en annonçant la venue du Christ, « font apparaître progressivement dans une plus parfaite clarté la figure de la femme, Mère du Rédempteur » (Lumen Gentium 55) : c’est la Vierge Marie, que l’Église proclame joie d’Israël et noble fille de Sion.

Notre Dame est « fille d’Adam par nature » ; en croyant au message de l’ange, elle a conçu le Fils de Dieu dans son sein virginal et est « de la descendance d’Abraham par sa foi ». En outre, « de l’arbre de Jessé par sa naissance, elle a produit sa fleur et son fruit, Jésus, le Christ, notre Seigneur ». [Extraits de la préface de la messe « la Vierge Marie, fille de Sion ».]

Dans son obéissance sincère à la Loi et sa pleine acceptation de la volonté de Dieu, elle occupe, selon les mots du Concile Vatican II, « la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Enfin, avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s’accomplissent les temps et s’instaure l’économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu prit d’elle la nature humaine pour libérer l’homme du péché par les mystères de sa chair » (Lumen Gentium 55).

Nous vous invitons à prier avec l’Église l’oraison suivante de la messe « la Vierge Marie, fille de Sion », la première des Messes en l’honneur de la Vierge Marie :

Seigneur Dieu, pour accomplir la promesse faite à nos pères,

tu as choisi la Vierge Marie, fille de Sion,

pour qu’elle soit la mère du Sauveur ;

aide-nous à suivre son exemple,

dans son humilité qui te fut agréable

et dans son obéissance dont nous ressentons le bienfait.

Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu,

qui vit avec Toi dans l’unité du Saint Esprit,

pour les siècles des siècles.